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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /Fév /2010 12:02

Un nouveau chapitre aujourd'hui. pour les anciens lecteurs, je rajoute en bas de page un petit mot d'explication sur les modifications effectuées.



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En arrivant dans ce commissariat, grosso merdo huit mois auparavant, j’avais tout de suite ressenti un genre de malaise. Fraîchement émoulu, et sorti de l’école des inspecteurs de police en bonne position, j’avais effectué un stage plutôt intéressant en région parisienne et prenais mon poste de titulaire dans cette petite unité de province qui, accessoirement est localisée à Angers, la ville de mes années de lycée puis de fac. Retour aux sources en quelque sorte.

Je suis venu au métier de flic sur le tard et un peu par hasard. Et aussi en grande partie à cause de cette ville dans laquelle j’ai pas mal galèré, de petits métiers mal payés en plans foireux qui ne rapportent que des emmerdes. Jusqu’au jour où j’ai décidé, enfin non… Jusqu’au jour où ma mère m’a tellement tanné que j’ai fini par céder -là on est plus proche de la réalité que dans la phrase précédente- et oùj’ai entrepris de préparer toute une série de concours de la fonction publique, histoire d’assurer mon avenir, pécuniairement au moins, et de rassurer maman. J’aurais pu devenir facteur, inspecteur des impôts ou agent de la sécurité sociale, que sais-je encore ? Je me suis inscrit indifféremment à tous les concours accessibles à mon niveau de diplôme. Je les ai tous foirés sauf un. Et voilà comment je me suis retrouvé un jour en face du commissaire Lucas, mon supérieur hiérarchique à l’allure débonnaire, quincagénaire, grand, un mètre quatre-vingt  dix et gros, cent vingt kilos de barback au bas mot. Le type arborait fièrement une moustache façon Ron Jeremy. Ses chemises avaient une bonne décennie d’usure à leur actif et semblaient ne pas devoir se boutonner jusqu’au col ce qui laissait apparaître une chaîne en toc et un torse velu. Effet de style m’étais-je dit alors : soit cet homme a de l’humour et s’accoutre de la sorte afin de se conformer à la caricature du flic, soit il est l’incarnation de cette caricature.

A grand renfort de claques sur l’épaule et de blagues que ce bon vieux dominique du café du commerce n’aurait pas reniées, il m’avait fait visiter les lieux, présenté mes nouveaux collègues un à un et installé dans mon bureau en compagnie de deux inspecteurs.

- Les gars, voici Bastien Legarec, un petit nouveau lança le commissaire.

Puis se tournant vers moi :

- Voici Jean-Philippe Durand, me dit Lucas, mais ici tout le monde l’appelle Johnny rapport à son prénom, à la couleur de ses yeux et à ses cheveux peroxydés. Rapport aussi au fait qu’il aime bien reluquer les jeunes filles. Bon il lui manque la Harley et ses vacances à saint Trop’ c’est plus camping des flots bleus que villa Barclay…

- Hé ! Oh ! ça va, merci pour le portrait. Salut le bleu !

Le type me sourit. Ses yeux bleus se plissèrent attirant mon regard sur ses sourcils noirs qui tranchaient avec le blond de sa coiffure vraisemblablement traitée à l’eau oxygénée. Il avait une canine noircie par une carie et le reste de ses dents était jaune tabac.

- Et lui c’est Pierre Simagne dit « Pierrot la mousse ». Si tu vas au bistrot avec lui tu comprendras pourquoi. Mais ne t’avise pas d’essayer de boire autant que lui sans entraînement préalable !

J’allais rétorquer que ce n’est pas à un breton qu’on apprend à boire mais je gardais ce commentaire pour moi et serrai la main que me tendait Pierrot.

Il me lança d’une voix enjouée mais enrouée un :

- Bienvenue mec ! En me broyant la main droite.

Il devait avoir dans les quarante ans. Et sa calvitie n’autorisait aucune supputation quant à son opinion au sujet de la décoloration capillaire. Il arborait lui aussi une moustache comme seuls les flics savent encore la porter de nos jours. De celles que l’on taille au ciseaux afin qu’elle prenne du volume et de l’épaisseur sans pour autant entraver le passage des aliments. Ce dernier point devait être crucial pour Pierrot car il possédait un ventre que son pantalon peinait à contenir et qui ne pouvait pas résulter uniquement de sa consommation de houblon.

Au moment où Lucas a quitté la pièce en lançant un « et je compte sur vous pour le mettre au parfum très vite les gars », j’ai songé aux astreintes, aux patrouilels de nuit, et autres tâches ingrates, diverses et variées, à travers lesquelles on bizute les nouveaux. Et donc je n’ai pas réagi plus que ça. Rétrospectivement je crois que cette petite phrase s’est gravée dans un coin de ma cervelle mais sans déclencher, à tort, le moindre processus d’alerte. Or j’aurais du avoir la puce à l’oreille.

 

Le bureau que l’on m’avait attribué se situait sur la droite en entrant dans la pièce. Je posais mon sac contenant quelques affaires personnelles sur le plateau du bureau à côté d’un ordinateur archaïque affichant fièrement la marque « Olivetti ». Je songeais un instant qu’il faudrait que je me renseigne si ce fabriquant d’ordinateur existe toujours quand je remarquais un jeune homme d’une vingtaine d’années assis à gauche, entre les deux bureaux de mes nouveaux collègues, la main droite menottée à la chaise. Il portait un jean taille basse et des baskets aux lacets desserrés. Dans un coin de la pièce mon regard se posa sur un skate appuyé contre le mur. A voir l’état du dessous de la planche, le gars devait savoir se servir de son engin et « grinder » à tout va.

Johnny  était assis sur son bureau, côté opposé à sa chaise et interrogeait le jeune homme. Pierrot m’expliqua que le suspect avait été appréhendé pour dégradation de mobilier urbain, ce qui en langage non-policier signifiait qu’il avait du glisser avec son skate sur le parapet d’une fontaine ou sur un banc public. « Trop lunaire pour être honnête » avait dit l’un des flics de la patrouille avant de l’embarquer et de le conduire au commissariat pour suspicion de consommation de marijuana, voire pire, de trafic.

Pour l’instant Johnny tenait un petit carnet à spirales à bout de bras juste sous le nez du jeune. De son autre main, il pointait avec l’index une ligne de ce qui semblait être un carnet d’adresses.

- C’est écrit noir sur blanc dans ton carnet : Jean-Michel Bédo, ça ne s’invente pas un nom comme ça. C’est ton fournisseur hein ? C’est quoi son vrai nom ? Où est-ce qu’il crèche ? Combien il t’en a vendu ?

Le jeune s’est défendu :

- C’est un pote. C’est son vrai nom.ça s’écrit Bédot et il est étudiant comme moi, pas dealer…

VLAN ! La paume de la main de Johnny s’était abattue sans ménagement sur son bureau, faisant sursauter y compris Pierrot la mousse, qui entre temps s’était rassis à son bureau pour taper laborieusement un rapport à l’aide de ses deux index sur le clavier d’une machine à écrire, électrique mais néanmoins préhistorique, une « Olivetti » certainement.

- Il se fout de notre gueule ! J’y crois pas à cette histoire d’étudiant postillonna-t-il au visage du jeune qui rentrait la tête dans ses épaules en espérant vraisemblablement se faire aussi petit que possible pour échapper à l’ire de ce flic dont la maigreur des émoluments semblait avoir des conséquences directes sur son budget de dentifrice. Et Jean-Paul Chichon il est aussi dans ta promo ?

Le gros rire gras de Pierrot traversa le bureau, masquant le silence du jeune skateur de plus en plus désemparé.

Je m’assis à mon bureau et entrepris de déballer mes affaires histoire de me donner une contenance. Je posais une photo de mes enfants, un bloc note et une trousse à crayons sur le meuble aux pieds métalliques peints en gris et au plateau en formica, imitation chêne rustique, qui allait me servir de bureau, prenant ainsi possession du lieu et de l’objet. Puis j’entrepris une inspection du contenu des tiroirs. Le premier s’ouvrait avec une clé qui était dans la serrure. Il était vide. J’y déposais mon pistolet et ma paire de menottes. Moins je m’en servais, mieux je me portais. Le deuxième tiroir contenait un annuaire.

- Et si…pensais-je en moi même.

Bécher Christophe…Bécreteau Michel…Bédard Danielle… Bedelet Eric… Bédot Jean-Michel, 3 avenue du général De Gaulle.

- Hé les gars, venez voir !

- Oh putain tu commences bien toi le petit malin.

- Ouais, à peine arrivé tu nous plombes. Ça vaut un apéro ça. T’as intérêt à te pointer avec ta bouteille demain.

Je songeais en mon for intérieur qu’en effet, j’avais intérêt ! Pas sûr que je me sois fait des amis sur cette entrée en matière.

 


 

Les modifications dans ce chapitre portent essentiellement sur l'introduction. D'abord il s'agissait pour moi de mieux caler les évènements dans le temps. Le tchat commence début mai et cela fait maintenant 8 mois que Legarec est dans ce commissariat (soit septembre de l'année précédente). j'avais, au début de mon travail d'écriture, sous estimé l'importance de bien caler la chronologie et les dates dès le départ, ne serait-ce que pour coller aux saisons quand on a des scènes d'extérieur.

 

Je continue dans ce chapitre à ajouter quelques éléments d'histoire des personnages. On apprend que Legarec a tenté les concours administratifs dans plein de domaines. Etre flic n'était donc pas une vocation.

On commence à parler de sa mère qui réapparaîtra plus tard dans une conversation téléphonique.

 

J'ai aussi un peu revu la description du commissaire et celle de "johnny", ça ne sonnait pas très juste...

 

Et voilà, c'est à peu près tout (hormis de ci de là quelques reformulations mineurs pour fluidifier le style).

 

à bientôt pour le chapitre 3 !

Par Baz - Publié dans : Karine et châtiment, Roman
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