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Samedi 7 juillet 2007

Voilà, je pars demain pour un congrès à l'étranger, puis pour des vacances bien méritées. On se retrouve fin août sur ce blog.

Je commencerai alors à mettre en ligne les premiers éléments de mon 2ème roman intitulé "PLOP !"

Bon été à tous et toutes ...

 

BAz

par Baz publié dans : En direct de mon bureau
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Vendredi 6 juillet 2007
Voilà, les bonnes choses ont une fin. Ci-dessous vous pourrez lire l'épilogue, dernier chapitre de karine et châtiment, premier roman que je mène jusqu'au bout.
Merci à ceux et celles qui, par leurs commentaires m'ont aidé. J'espère que l'histoire vous a été agréable. Si c'est le cas, laissez moi un commentaire pour me le faire savoir.
Comme d'hab' ce chapitre est protégé par copyright etc, etc.
-24-
 
 
Cinquième étage, sans ascenseur. Un escalier en bois qui sent la cire et qui craque joliment sous les pieds. J’ai toujours aimé les vieux immeubles. A chaque palier, une porte qui ferme mal rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, les commodités (comme on disait élégamment) étaient sur le palier. Je monte tranquillement chez Malika en laissant mes doigts butter de tiges en tiges sur les montants en fonte de la rampe. Quand j’étais môme, on faisait de même avec un bâton. Et la concierge détestait ça. Aujourd’hui je suis plus silencieux. Et de toute façon l’interphone se fout du bruit qu’on peut faire dans l’escalier où la concierge n’est plus.
Malika m’a invité pour l’apéro. J’ai apporté des bonbons. Parce que les fleurs c’est périssable…
Me voici au cinquième. Une porte est entrebâillée. Malika a du l’ouvrir quand j’ai sonné en bas. Je frappe, et passe timidement la tête
- Toc toc, y’a quelqu’un ?
- Ben oui y’a quelqu’un puisque je t’ai ouvert à l’interphone mon grand détective. Vas-y, entre, je suis dans la cuisine
J’aime bien quand elle me met en boîte, c’est drôle et surtout pas méchant. C’est vrai que ma question était con. Mais bon, on ne se refait pas. Je suis timide avec les femmes et je ne sais jamais quoi dire. J’enligne les banalités comme on enfile les perles. Tous comptes faits, l’humour de Malika est salutaire. Elle me chambre un peu, j’éprouve moins le besoin de faire le coq. Et paradoxalement ça me met à l’aise.
Un petit couloir m’accueille, décoré de tentures. Le salon est en face, la cuisine est à gauche. Malika est en train de mettre quelques olives dans un bol qu’elle dépose ensuite sur un plateau en métal gravé sur lequel se trouvent déjà deux verres et une bouteille de champagne.
Nous passons au salon, je quitte mon blouson et m’affale sur un pouf. Il est joli l’appart’ de Malika, ils vont bien ensemble tous les deux !
Elle allume la télé. C’est le journal de 20 heures.
- En avance de 35 minutes, je remarque.
- C’est le journal d’hier, je l’ai enregistré
Le présentateur annonce un reportage : un jeune policier fait d’une pierre deux coup : il arrête un serial killer et dénonce une affaire de corruption.
- Mon héros !!!! dit Malika en rigolant
Sur fond d’images d’Angers, du commissariat, de la place du marché, de la gare, une voix off raconte les faits :
Jérôme Constant, 38 ans, divorcé, deux enfants, résidant à Dijon, a tué 3 femmes.
Le commissaire Lucas et deux inspecteurs ont été arrêtés et reconnus coupables d’extorsion de fonds. Ils sont radiés de la police.
J’apparais à l’écran. En sous-titre : Bastien Legarec, policier, décoré ce matin de l’ordre du mérite.
- J’avais vu le racket très tôt mais bon, on accuse pas sans preuves. Ce sont les commerçants du marché qui ont eu le cran de venir me voir et de m’aider à monter un dossier irréprochable.
- Et concernant le meurtrier ?
- Le hasard m’a fait croiser son chemin… c’est tout.
Malika sourit.
- Et modeste en plus ? Ou honteux ?
- Ben c’est pas demain la veille que quelqu’un sera fier de dire à la télé qu’il t’chate au bureau !
- Et pourtant plein de gens le font et souvent ils ont une bonne raison pour ça.
- Travail abrutissant,
- Ou répétitif…
- Manque de sens à sa vie…
- Plus le goût de rien…
- Solitude…
- Etc, en effet les bonnes raisons ne manquent pas de chercher un peu de réconfort derrière un écran.
- Allez, rangeons ça dans la case « passé » maintenant. J’avais le goût de stopper cette énumération qui risquait fort de se terminer par un aveu : j’en étais venu à tchater sur un coup de blues.
- T’as raison, passons à un avenir plein de bonnes choses dit-elle en levant son verre
- Tu sais que c’est péché l’alcool ?
- Tu sais que tous les beurs ne sont pas forcément musulmans ?
- C’est vrai, pardon. J’ai versé dans le cliché. Alors on trinque à l’avenir ? Qu’il soit heureux !
- Pour ça c’est pas compliqué, si tu commençais par m’embrasser ?
- Et ça c’est pas cliché ?
 
 
 

Fin

par Baz publié dans : Karine et châtiment, Roman
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Mardi 3 juillet 2007
Copyright © 2007 Baz, reproduction et diffusion interdites sans autorisation de l'auteur
-23-
 
Aïeeeuuuu… j’étouffe un juron. Il est interdit de traverser les voies, je comprends pourquoi. Je viens de m’exploser un doigt de pied contre une traverse qui dépassait plus que les autres. C’est le genre de douleur insupportable. Du genre du doigt de pied dans le coin du lit ou du crâne dans la porte du buffet de la cuisine en se relevant, un saladier dans les mains. La décharge électrique est soudaine, vive, extrêmement douloureuse et vexante. L’accident con. Il suffisait de lever les pieds, de faire le tour du lit ou de se souvenir qu’on avait pas refermé la porte du haut en sortant les verres y’a deux minutes. Faites moi penser lors de mes résolutions de nouvel an à poser mon matelas à même le sol, à ne plus jamais mettre la table et aussi à lever les pieds bien haut quand je cours le long d’une voie ferrée.
J’ai réussi à me retenir de hurler. Ce n’est pas le cas de tout le monde. J’entends des cris. Une voix de femme, vite couverte par le passage d’un train.
Je me précipite.
Dans les lumières du train express régional qui entre en gare, j’aperçois des ombres. Deux voies me séparent d’un quai que j’entrevois entre les wagons qui défilent. Qu’il est long ce train. Les trains express régionaux sont toujours bondés le matin. Chaque fois que j’ai eu à en prendre un, j’ai pesté contre la SNCF et sa logique de profit qui la pousse à limiter le nombre de voitures attelées, entassant les pauvres bœufs que nous sommes dans ce qui devient rapidement une étuve embuée. Dès le matin les dessous de bras sont à l’épreuve. Heureusement que de gentils chimistes en cosmétiques nous inventent des déodorants garantis efficaces pendant 24 heures !
N’empêche que là, pour une fois, je trouve qu’il y en a trop, des wagons. Le train met un temps fou à libérer la voie pour aller s’immobiliser en gare passagers, à trois cent mètres de là. Finalement je peux grimper sur le quai et j’y découvre deux corps à la lutte : une femme au sol, à plat ventre. C’est Malika. Un homme est assis sur elle. Et là je n’ai plus aucun regret d’avoir pris mon flingue que je pose sur sa tempe, ressentant bizarrement un sentiment de puissance façon inspecteur Harry : on est trois maintenant smith, wesson et moi !
- Tu la lâche maintenant connard.
- Okay okay ça va.
Il se relève doucement. Je le contrôle, main gauche sur son épaule, main droite crispée sur mon arme. Je me méfie. Je veux éviter tout mouvement brusque de sa part. Je le maintiens donc à demi penché, en déséquilibre afin qu’il n’ait aucune puissance s’il essayait de se dégager.
- ça va Malika ?
- Bof, j’ai connu mieux. Mais ça ira.
- Vous la connaissez ?
La question vient du gars que je tiens toujours en joue. Visiblement il est surpris de s’être fait pincer. Il cherche à comprendre comment et pourquoi. Allons-y pour les explications, moi aussi y’a des trucs que j’aimerais savoir.
- J’ai pas rêvé, t’essayais de tuer mon amie là ?
- On ne peut rien vous cacher.
Insolent en plus. Je lui arrache des mains un segment de fil de nylon.
- Les autres meurtres c’est toi aussi alors ?
- Quels autres meurtres ?
- Fais pas le malin, tu sais très bien de quoi je parle.
- Nan, j’vous jure. Et vous êtes qui vous d’abord ?
- Je me présente, el_baz,  on s’est croisés pas mal de fois sur Internet je suppose. Et toi alors qui es-tu ?
- Jérôme, enfin, Vino tel que tu me connais sur le tchat.
Les présentations faites, je sens Vino changer d’attitude. Lui qui était crispé, tendu sous ma menace, et que je sentais prêt à tenter un coup tordu, se relâche et semble abandonner toute résistance. J’en profite pour le questionner.
- Vino, je le crois pas. T’es vraiment un enculé. Et pourquoi t’as fait ça ?
Malika est à genoux, elle reprend son souffle. Vino se relève d’un coup et me fait face maintenant
- Bouge pas !
Il lève les mains.
- Pourquoi t’as fait ça ?
- Tu peux pas comprendre.
- Explique-toi au moins, on verra après si je peux comprendre.
- C’est à cause du t’chat et de K-rine.
- Elle est mêlée à cette affaire K-rine ?
- Oui…enfin non… enfin pas directement. Il y a quelques mois on a eu une aventure elle et moi. J’étais raide dingue de cette nana. Tu devrais la voir, elle est d’une beauté incroyable. Son visage est rayonnant et son corps est parfait. Ses seins ronds, ses fesses, ses hanches, ses cuisses. Et des pieds parfaits, réguliers, ronds et potelés j’en rêve chaque nuit.
Heureusement que tous les types qui font des rêves érotiques ne se mettent pas à zigouiller toutes les nanas qui passent à leur portée. Sinon bonjour l’hécatombe. Et puis, la podophilie ne justifie rien.
- Notre histoire n’a pas duré longtemps. En fait elle faisait ça pour s’amuser, c’était pas sérieux pour elle, juste une aventure. Quand j’ai commencé à parler d’amour elle a dit stop. Et pourtant la première nuit, si tu savais tout ce qu’elle m’avait dit. Elle mentait.
Il marque un temps d’arrêt, visiblement marqué par ce qu’il raconte. Il a l’air d’un adolescent après sa première peine de cœur.
- Je déteste le mensonge. J’ai toujours détesté ça. Et tout le monde ment, sans arrêt. Tes parents, tes amis, ton patron, tes collègues, ... Y’a personne à qui faire confiance.
Concernant le patron et les collègue, je ne lui donnais pas tort.
- Mais le pire c’est le tchat. Là y’a personne de vrai, chacun invente tout et n’importe quoi. C’est une vraie mascarade. Je ne le supporte pas. Surtout les femmes. Elles te disent qu’elles sont belles, en fait elles sont laides, qu’elles ont 25 ans alors qu’elles en ont 39, presque quarante. Elles s’inventent un personnage pour te séduire. Mais moi je veux pas qu’on me séduise, je veux qu’on soit vrai.
- Alors tu les as tuées parce qu’elles t’ont menti ?
- Oui.
- Mais pas K-rine ? Pourquoi ?
- C’était ma première rencontre. J’ai manqué de présence d’esprit, j’ai pas eu le réflexe de la tuer sur le coup. Et après j’ai jamais réussi à obtenir un autre rendez-vous avec elle. C’était trop tard.
- Et le fil à pêche, la bouche cousue …
- Pour qu’elles se taisent, définitivement, que plus aucun mensonge ne sorte de leur bouche.
- Et pourtant t’en a dit toi aussi des mensonges.
- Comment ça ?
- Quand tu faisais semblant de compatir. Quand tu me proposais ton aide pour l’enquête. Tu fais un beau menteur toi aussi. Et ça, ça te gène pas ?
-… si…
Plus tard je regretterai amèrement de ne pas l’avoir menotté avant de l’interroger car à cet instant précis, il s’est jeté, mains en avant sur mon arme, se l’est entrée dans la bouche et, en pressant sur mes doigts sur la gâchette, a déclenché le tir.
Malika a laissé échapper un cri. Il est tombé. Je suis resté quelques secondes, bras ballants, avant de remarquer l’attroupement qui s’était formé autour de nous.

Il y a une logique dans tout ça. Il tuait par aversion du mensonge. Menteur lui même, il ne pouvait se laisser vivre.

par Baz publié dans : Karine et châtiment, Roman
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Dimanche 1 juillet 2007
Copyright © Baz, 2007, reproduction et diffusion interdites sans l'autorisation de l'auteur
-22-
 
 
Je me suis garé en vrac dans le couloir de bus. Après tout si on me file une amende, j’ai des contacts dans la police, non ? à cette heure matinale, le rond point de la gare est le lieu de rendez-vous des fêtards rentrant de boîte. Il y a des voitures un peu dans tous les sens, ça chante, ça danse, ça s’invective, ça se baigne dans la fontaine, ça se roule des galoches et se pelote à l’arrière des clio. Le tout dans la faible lumière de l’aube et du néon mauve de l’enseigne du bar de l’univers.
Je scrute dans toutes les directions. Mais je ne parviens pas à reconnaître Malika parmi ce ramassis de mecs beurrés, de nanas qui attendent que leur Jules veuille bien se décider à lâcher ses pote pour rentrer se coucher. J’attends un instant pour voir si elle ne ferait pas partie de ce va et vient sans fin, du bar à la boulangerie d’en face qui vient d’ouvrir et qui vend des pizzas et hot dog en exploitant commercialement la sagesse populaire qui veut qu’il « faut manger pour éponger ».
Y’a urgence. Malika risque sa peau.
J’accoste le barman, je sors ma carte comme dans une série télé. J’ai toujours trouvé ce geste ridicule. Mais bon…
Oui le type a vu une fille qui correspond à la description de Malika. Elle était avec un mec. Ils étaient assis là-bas me dit-il en désignant une table ronde en métal située près de la porte d’entrée ils ont bu chacun un demi. Leur discussion était animée les deux parlaient avec les mains mais contrôlaient le volume de leurs voix donc il ne sait pas ce qu’ils se disaient sauf qu’à la fin elle s’est levée et a dit bon j’y vais et lui a dit attends je te ramène. Elle est sortie et il l’a suivie.
Putain, où a-t-il pu l’emmener ?
Une dernière question au barman :
- Vous connaissez un coin tranquille ou on peut amener une fille près d’ici ?
- Ben on fait aussi hôtel monsieur
- Je pensais plus à un truc extérieur
- Chacun ses mœurs hein ? Héhé !
- Pas envie de rire Ducon, y’a une femme qui risque sa vie là !
- Olaaaa, pardon j’pouvais pas savoir moi. Bon … ben … c’est glauque mais y’a les anciens quais de la gare de frêt aujourd’hui il servent plus trop. C’est à deux pas d’ici. D’ailleurs la meuf que vous cherchez, c’est dans cette direction qu’elle est partie avec l’autre type. Vous prenez à droite en sortant…
 
J’écoute même pas la fin, je connais parfaitement ces entrepôts de la Sernam. Le grillage d’enceinte est vieux, rouillé et découpé en pas mal d’endroits pour faciliter le passage de toute une faune qui investit chaque soir les coins les plus reculés de la gare de tri. Là, parmi les hautes herbes des voies désaffectées, les tas de traverses usagées,les entrepôts aux vitres grillagées et les wagons à quai, on trouve des squats semi permanents, des braseros autour desquels une bande de tout-juste-post-pubères se désaltère d’une infâme bière premier prix en rêvant, comme Kerouac de monter dans un wagon et de se laisser porter jusqu’à Frisco. Sauf que le prochain train, là, va à Vierzon. Moins classe tout de suite. De-ci de-là, des couples s’étreignent dans un romantisme tout relatif. L’une est à moitié nue. Plus loin, une autre est à genoux. Finalement je crois que l’hôtel de l’Univers n’est pas si miteux que ça.
J’arrive sur les quais. C’est grand. Immense même. Y’a pas de lumière, il fait encore sombre et comme un con j’ai oublié ma torche. Si Malika est là, je me demande bien où. Gueuler ? l’appeler ? Non, mieux vaut ne pas alerter le tueur si il n’a pas encore commis son méfait. Qu’il me laisse le temps d’intervenir.
Réfléchissons. Si il l’a amenée ici c’est obligatoirement par la force. Jamais elle ne serait venue de son plein gré. Donc il aura eu du mal à l’entraîner bien loin. En espérant qu’il l’ait amenée là. Son mode opératoire et son lieu de prédilection, c’est plutôt les bords de canal. Mais il va être emmerdé. Il n’y a aucun canal à Angers. Au mieux la Maine, rivière paisible. A Moins qu’il ne projette de transporter le corps ailleurs après l’avoir tuée. Dans ce cas, il aura choisi un endroit d’où il pourra transporter un corps vers une voiture. Ces trois wagons bâchés portant l’inscription « Cimenteries de l’Ouest » sont certainement la planque la plus proche de l’entrée. Je m’élance à travers les voies dans cette direction. Pourvu que mon instinct soit le bon.
par Baz publié dans : Karine et châtiment, Roman
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Vendredi 29 juin 2007

Le rythme de mise en ligne de mes chapitres est lent ces temps-ci. L'explication en est simple : mon vrai travail (celui qui fait bouillir la marmite) me prend tout mon temps et toute mon énergie : "travailler plus pour déprimer plus" voilà où j'en suis...

Fort heureusement je viens d'achever un gros projet (un livre scientifique achte super qui sera lu par 4 pelés et 3 tondus) et je recommence à penser à karine et châtiment. Il ne reste que deux chapitres et un épilogue à écrire... patience, la fin est proche.

 

ET MERCI A CEUX ET CELLES QUI M'ENVOIENT DES MESSAGES SYMPAS D'ENCOURAGEMENT !

par Baz publié dans : En direct de mon bureau
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Samedi 9 juin 2007
Copyright © 2007 , baz, reproduction et diffusion interdites sans autorisation de l'auteur
-21-
 
 
 
C’est beau d’être écolo. T’achètes une voiture pas trop puissante, histoire de moins consommer et donc de ne pas polluer plus que de raison. Sauf que là faudrait qu’il soit capable de rouler un chouïa plus vite mon bolide. Putain, bientôt six heures du mat’. A gauche dans la rue Paul Eluard, j’y suis presque. Foutu feu rouge ! J’peux même pas le griller celui-là, il est sous vidéo surveillance. J’en profite pour réécouter le message de Malika, au cas où quelque chose m’aurait échappé.
 
Allô, … tu dors ? tu devineras jamais. J’ai un rencard ce soir avec un type du tchat. Peut-être notre homme. On va en boîte. T’inquiètes pas j’éviterai les endroits où je risquerais d’être seule avec lui et après j’irai direct au marché… ça sera pas la première fois que je bosserai après une nuit blanche ! Toi par contre on dirait que tu dors bien. Ah oui au fait, le type en question …
 
La suite est inaudible. Fait chier ! Pas moyen de savoir avec qui elle est allée en discothèque. Mais merde pourquoi elle a pas commencé par me dire son nom au type ?
Feu vert.
Bon, récapitulons.
Je me suis réveillé quand elle a téléphoné, mais j’ai pas eu le courage d’aller jusqu’au téléphone et je me suis rendormi. C’est pas de ma faute. Depuis que j’habite près d’une église j’ai développé un super pouvoir de résistance aux nuisances sonores. C’est vrai quoi, les gens se plaignent du bruit en ville. Moi ce que je trouve le plus bruyant c’est l’église qui sonne à sept heures et demie du matin pour annoncer les vêpres ou l’angélus ou je ne sais quelle prière dont je me fous royalement. J’ai envie d’ouvrir ma fenêtre et de gueuler que dieu n’existe pas. Mais d’une part je suis trop fainéant, j’aime trop mon lit et d’autre part je préfère ne pas user ma salive pour des causes inutiles. Bref j’ai à peine entendu le téléphone, je suis resté sous la couette. Jusqu’à ce qu’une envie de pisser me prenne, vers cinq heures. Et là, paresse ou pas, ça fait parti des impératifs qui font que tu te lèves. Et je me suis levé. J’ai pissé et j’en ai profité pour voir si j’avais un message. Un appel en pleine nuit c’est quand même intriguant.
A droite au rond point, la rue Louis Aragon, j’y suis presque. A peine j’avais pris connaissance du message que je sautai dans un jean, enfilai une chemise, mes chaussures et fonçai chez Malika. Elle n’y était pas.
Filer au marché m’a paru ne pas être une trop mauvaise idée à ce stade. Les camelots sont lève-tôt. Sauf que sur la place, comme au châteaubriant, personne n’a vu Malika. Conclusion, elle est encore avec ce type. Ou dans un canal…
Et son putain de téléphone qui ne répond pas.
Dernier espoir donc, retourner chez moi, me connecter sur Internet et croiser les doigts pour qu’il y ait quelqu’un en ligne. Et quelqu’un qui ait un indice à me donner.
J’aurais du commencer par là d’ailleurs.
J’suis con des fois.
Parking de l’immeuble. Foutue porte automatique. Qu’elle est lente à s’ouvrir. Stationnement. Portière qui claque. Digicode. Escalier. Pas le temps d’attendre l’ascenseur. Mes clés, la porte, l’ordi, j’y suis !
Un nom apparaît en ligne, celui de mouflon. Pourvu qu’il soit devant son écran et pas parti pioncer en restant connecté.
 
El_baz : y’a quelqu’un ?
Mouflon : oui, misskaly et moi on s’est relayés pour t’attendre.
El_baz : m’attendre ?
Mouflon : oui, ton amie « mali » a laissé un message pour toi en disant qu’elle allait démasquer le meurtrier alors on a fait des tours de veille avec sonia euh je veux dire misskaly pour pas te manquer si tu te connectais. Ta copine a dit qu’elle avait un rencard dans une discothèque le Jungle Jane à angers.
El_baz : le Jungle Jane ? Je connais, c’est sur la route de Cantenay-Epinard
Mouflon : tu connais ? Waooo sacrée coïncidence.
El_baz : Coïncidence ? Pas vraiment en fait. Mali n’est pas là par hasard. Je la connais en dehors du net. Elle faisait l’appât.
Mouflon : Ahh… Mais elle a pris un risque là non ?
El_baz : ouep, aller en boîte… T’as vu avec qui elle discutait ?
Mouflon : Non, elle a juste laissé un message privé à misskaly qui n’était pas devant l’écran à ce moment là.
El_baz : Merde ! Comment faire pour la retrouver maintenant?
Mouflon : avec un peu de chances ils sont allés prendre un dernier verre en after.
El_baz : Possible en effet, mais où ?
Mouflon : Du temps où j’habitais Angers on allait au bar de l’Univers, en face de la gare. C’est crasseux mais c’est le seul ouvert avant 6 heures du mat’. On peut y prendre un verre, bouffer un casse dalle au sauciflard et tailler une bavette avec deux-trois pochtrons et quelques vieilles putes.
El_baz : T’as l’air de connaître la ville.
Mouflon : J’y ai fait une partie de mes études.
El_baz : Merci en tous cas, j’habite pas trop loin, j’vais aller voir si je les trouve là-bas.
Mouflon : Bonne chance !
 
Malika m’a bien précisé sur son message qu’elle éviterait de se retrouver seule avec lui. Donc à l’inverse lui va chercher à l’isoler. C’est fort probable qu’il lui ait proposé l’after dans ce but. Bon, j’aime pas ce truc mais là, y’a cas de force majeure. Où est-ce que j’ai rangé mon flingue ?
par Baz publié dans : Karine et châtiment, Roman
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Dimanche 27 mai 2007

Je suis atteint du "syndrome Jean-Claude Dusse" : comment conclure ?

Karine et châtiment est proche du dénouement, il s'agit maintenant de rédiger les trois derniers chapitres. J'ai envisagé de changer le temps de la narration pour passer au présent (subtil non le jeu de mots ?). Je veux que tout s'accélère y compris le rythme d'écriture. Mais je n'ai pas encore trouvé la bonne formule. Et comme je suis par ailleurs débordé et épuisé par mon travail de chercheur, celui qui fait bouillir la marmite, je vous fais patienter chers lecteurs. J'en suis désolé. Vous ne m'en voulez pas j'espère?

Je vais très vite redoubler d'efforts et vous livrer un nouveau chapitre. En attendant, je vous pose une petite question à laquelle je n'ai pas encore moi même répondu :

une fois que tout sera fini, bastien doit-il :

1/ Embrasser Malika ?

2/ La demander en mariage ?

3/ Coucher avec elle ?

4/ Il vaut mieux ne rien dire à ce sujet, chacun imaginera

 

j'attends vos avis dans les commentaires

par Baz publié dans : En direct de mon bureau
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Dimanche 13 mai 2007
-17-
 
K-rine : tiens voilà le Baz qui se connecte, tu vas pouvoir nous raconter ce que tu sais Misskaly
El_baz : hein ? De quoi s’qu’on cause?
Vino : comme d’hab’, d’une disparition durant le week-end. Mine de rien ça fait quatre
El_baz : Valium, Lilou, Kokine et …?
Vodka-viandox : et Minipuce
El_baz : Merde
Moumoune : Misskaly voulait attendre que tu sois là pour nous raconter. Elle sait des choses.
El_baz : Ah bon ? Et bien vas-y miss, raconte
Misskaly : Et bien voilà. Vendredi soir j’étais connectée en attendant mon chéri. Je l’attendais pas sur le tchat mais en chair et en os. Il est venu passer le week-end chez moi.
Mickey : On s’en fout de ça ! Vas droit au but.
Vino : Tiens le mickey commence à s’intéresser à ce qui se passe ici ? Il s’impatiente ? Il trépigne. Je le savais, il a du cœur.
Mickey : Ta gueule toi !
Vodka-viandox : Ahhh non, ça c’est ma réplique.
Moumoune : C’est dingue ça, on parle d’une amie qui a disparu et vous vous vannez comme si rien ne s’était passé.
Larzac : Laisse pisser Moumoune, c’est une façon de jouer les gros bras, ils veulent cacher qu’ils n’en mènent pas large.
Vodka-viandox : gna gna gna
El_baz : Allez misskaly, continue
Misskaly : Minipuce était connectée. Vous vous souvenez, elle avait parlé de louer un gîte pour un qu’on se rencontre un week-end ?
Moumoune : Oui je m’en souviens
K-rine : On était tous d’accord pour y aller
Misskaly : Et bien elle avait trouvé encore mieux qu’un gîte : un voilier
Vodka-viandox : Putain, l’idée qui tue
Vino : Mort de rire
Moumoune : Ah c’est malin ça. Franchement vous ne me faites pas rire.
Larzac : C’est une plaisanterie d’assez mauvais goût en effet.
Vodka-viandox : Désolé, j’ai pas fait exprès.
Mickey : Bienvenue au club des salopards.
Vodka-viandox : Ta gueule mickey t’es saoulant.
Moumoune : Laissez Misskaly raconter.
Misskaly : Donc minipuce avait prévu de rencontrer le skipper d’un catamaran ce week-end à la trinité sur mer pour tester le confort et les conditions de navigation. Elle voulait nous emmener dans le golfe du Morbihan et jusqu’à Belle-île où on aurait passé la nuit au mouillage.
Larzac : Le premier qui fait un jeu de mot sur mouillage je l’étripe
El_baz : oh non, pas toi Larzac, je te croyais au dessus de ça.
Larzac : Pardon, un instant de faiblesse, ça ne se reproduira plus.
Vino : Donc elle était en repérages ?
Misskaly : C’est ça !
El_baz : Elle y allait seule ?
Misskaly : ça j’en sais rien. Mouflon est arrivé peu après et on a éteint l’ordi.
Vodka-viandox : C’est vrai qu’il y a une vraie vie à côté du tchat…
Vino : Elle a peut-être disparu en mer ?
Moumoune : Peu importe comment, elle a disparu.
El_baz : Vino a raison. Avant toute chose il faudrait savoir où et dans quelles conditions elle a disparu.
Moumoune : Et comment veux-tu qu’on le sache ? Hein ?
El_baz : J’ai mon idée, laissez moi juste le temps de passer un coup de fil et je reviens.
 

 
 
-18-
 
 
- Vous avez demandé la police, ne quittez pas … Vous avez demandé la police, ne quittez pas …
Je n’avais pas d’annuaire inter commissariats sous la main, j’avais donc dû passer par le bottin téléphonique et me farcir l’attente au standard. Au bout de quelques seconde une voix autre que cette infâme boîte vocale prit mon appel en considération.
- Commissariat central de Vannes que puis-je pour vous ?
- Bonjour, je suis l’enquêteur Legarec, je souhaite joindre Vincent Guilvinnec, il est en poste au commissariat de la rue Le Bartz, mais je n’ai pas son numéro de poste direct.
- Un instant s’il vous plaît.
Une version métallique du te deum de Carpentier m’indiqua que l’opératrice téléphonique m’avait mis en attente.
- Je vous mets en relation
- Merci
- Allo ?
- Allo vincent ?
- Oui. Qui est à l’appareil ?
- C’est Bastien, Bastien Legarec
- Putain Bastien ! ça fait combien de temps qu’on s’est pas eus au téléphone ?
- Ça doit dater de septembre après la fin de l’école de police. Quand on a eu nos affectations.
- La vache, le temps passe hein ?
- M’en parle pas
- En tous cas je suis content de t’entendre. Quoi de neuf chez toi ?
- Toujours la moitié de dix-huit et toi ?
- Je vois que t’as pas renouvelé tes blagues. Moi ça va. Tu sais j’ai atterri dans une zone plutôt sympa si on excepte la période estivale. Quel bon vent t’amène ?
- Un vent de mer mon cher. J’ai une série de disparition sur les bras et il se pourrait bien que l’une d’elles se soit échouée dans le golfe près de chez toi.
- Ah ? Et donc je suppose que t’as besoin d’un coup de main pour la retrouver ?
- Tu supposes bien même si à mon avis c’est plutôt un cadavre que l’on recherche, une noyée.
- Merde t’es sûr ?
- Nan, on n’est jamais sûr mais il y a de très fortes chances.
- Bon dis moi à quoi elle ressemble cette personne, je vais me renseigner.
- Euh… et bien en fait j’ai très peu d’informations.
- Comment ça ?
Je n’osai pas avouer à Vincent que je recherchais une personne que j’avais connue sur le tchat mais dont je n’avais qu’une vague idée de l’apparence. Vincent avait été mon meilleur ami durant notre formation au métier d’enquêteur de police. On ou appelait les deux « ec » à cause de nos patronymes et nous nous étions finalement rapproché autour de cette origine commune bien que, ni l’un ni l’autre, ne soyons des bretons bretonnants même si lui et moi nous accordions parfaitement autour d’une citation simple que Vincent aimait à répéter à chaque sortie un peu arrosée : Dieu a créé l’alcool pour que les bretons ne soient jamais les maîtres du monde.
Depuis que nous avions été affectés dans des villes différentes, nous nous étions perdus de vue et j’avais quelques réticences à trop lui en dire. Et puis je voulais simplement savoir si on avait retrouvé le corps de Minipuce, pas résumer les derniers mois de ma vie. Expliquer pourquoi je fréquente assidûment un salon de tchat aurait nécessité que j’entre dans un flot d’explications. Je n’en avais pas envie.
- J’enquête sur un tueur en série qui choisit ses victimes sur Internet, dis-je simplement. On m’a signalé une disparition mais mon seul indice est une annonce mise en ligne par la disparue.
Ce demi mensonge m’apparut satisfaisant.
- Déjà on sait que c’est une fille, ça divise la population cible par deux.
- Elle était sensée passer le week-end sur un cata du côté de Belle-île. Tu as des disparitions en mer ce week-end ?
- Nada ! Il a fait un temps magnifique samedi et dimanche, juste un tout petit zeph’ pas méchant qui ne retournerait pas un catamaran. Aucun bateau ne manque à l’appel dans les ports et mouillages de la région. T’as vraiment pas plus d’info sur ta victime ? Brune ? Blonde ? Mignonne ? Moche ?
Je mentis encore
- La fille se décrit sommairement et comme les nanas se mettent toujours en valeur, je pense qu’il ne faut pas se fier à son autoportrait.
- ça peut pas être un thon, elle se serait pas noyée !
- Ah bravo, tu pouvais te moquer de mon humour tout à l’heure dis-je dans un rire franc.
- Humour noir et cynisme, c’est quasiment obligatoire pour affronter ce qu’on voit dans nos métiers. C’est ça on devenir un vieux con aigri à court terme.
- Pas faux. J’ai un élément pour la reconnaître quand même. Je sais qu’elle a un piercing au nombril.
- Dis donc Bastien, tu sais combien de femmes ont un piercing au nombril de nos jours ?
- Pas faux non plus, les filles originales aujourd’hui sont celles qui n’en ont pas.
- Bon, je veux bien rechercher une nana disparue avec un piercing dans le coin. Je vais passer deux ou trois coups de fil mais à mon avis t’aurais aussi vite fait de chercher dans le fichier des personnes recherchées
- Si tant est qu’elle soit déclarée disparue.
- Là tu marques un point.
- Y’a le mode opératoire du tueur sinon.
- Dis voir.
- Ses précédentes victimes il les a étranglées avec du fil à pêche et leur a cousu la bouche avec ce même fil. Et en général on retrouve les corps dans un canal.
- Putain tu pouvais pas commencer par là ? On a trouvé une femme à Auray sous le pont du Loc’h. elle avait la bouche cousue. Attends une seconde, …
Je l’entendis appeler quelqu’un. Un de ses collègues certainement.
- Francky ?
Une voix lointaine lança un « ouais qu’esse tu veux ? »
- La nana du pont du Loc’h tu sais si elle avait un piercing ?
- Ouais au nombril, encore une salope hein mon Vince ?
- Il a la classe ton collègue « mon Vince » !
- Bah on choisit pas ses voisins de bureau tu sais. Mais il n’a pas mauvais fond quand tu le connais bien. Donc t’as entendu ce qu’il disait ?
-Oui et je pense que c’est bien ma victime. Tu pourrais m’envoyer une copie du dossier que vous avez sur elle steuplé ? Constats sur place, rapport d’autopsie, enquête de voisinage et tout le toutim, …
- Pas de problème mon pote. Et faudrait qu’on se voie un de ces quatre. Si tu passes dans le coin fais moi un signe on ira se boire une bonne bière locale.
- Une de chez Lancelot ? Je me souviens de sa Telenn Du au sarrasin, un régal.
- C’est ça, ça te fait une bonne motivation pour passer me voir non ?
- Okay, c’est promis.
Je raccrochai et retournai aussitôt sur le tchat. Une fois la nouvelle annoncée, une fois passé l'échange de considérations, de jurons et d'onomatopées exprimant la tristesse, le dégoût et l'indignation de tous, une fois les esprits calmés, le stress et l'inquiétude légèrement retombés, je contactai Misskaly en conversation privée.
 
El _Baz : Le fameux soir où tu as discuté avec Minipuce, qui d’autre était en ligne ?
Misskaly : Personne, juste elle et moi. Mais ce soir là je me suis déconnectée vers vingt et une heures quand mon chéri est arrivé à la maison. Et en général les autres se connectent plus tard.
El_Baz : Ouais, après Thalassa
Misskaly : Toi aussi tu te mets à faire de l’humour noir ? Franchement c'est pas le moment. Je flippe comme une malade.
El_Baz : Désolé, moi aussi j’ai besoin d’exorciser. On en est à trois cadavres avec la bouche cousue. Faut qu'on coince le malade qui fait ça.
Misskaly : T’as des soupçons ?
El_baz : il va falloir que j’enquête plus sérieusement auprès des habitués de notre salon de tchat.

 
 
-19-
 
 
ça ne faisait pas trois jours que je l’avais et il m’énervait déjà. J’avais craqué, je suis un faible. Après des années de résistance, j’avais vendu mon âme. Après avoir raillé toutes les personnes de mon entourage qui en achetaient un, j’avais fini, moi aussi, par prendre un téléphone portable et parapher un contrat m’engageant à payer trop cher un abonnement mensuel pendant vingt quatre mois. C’est Jo, mon ex qui m’a convaincu. Enfin son nouveau mec plutôt. Ce salopard a offert un Nokia à mes enfants qui se sont empressés de m’appeler sur mon fixe pour me hurler dans les oreilles. Papa c’est géniallll. Et dis c’est quand que t’auras un portable toi ? Comme ça on pourra t’appeler quand on veut. Chtiiiingggg ! La corde sensible a vibré et j’ai acheté un téléphone portable.
Et là ça faisait trois fois en l’espace de 5 minutes que je l’entendais sonner mais que j’étais incapable de le retrouver dans le foutoir de mon appartement. La miniaturisation a du bon, mais la médaille a son revers. Plus je cherchais plus je m’énervais nerveux. C’était forcément les enfants, eux seuls ont mon numéro.
Je finis par retrouver l’objet entre deux coussins du canapé et je décrochai.
- allo c’est Malika,
Malika ! C’est vrai, je lui avais envoyé un SMS sous prétexte de tester mon nouveau téléphone en me disant que peut-être elle en profiterait pour noter mon numéro. Visiblement c’est ce qu’elle a fait.
- Tu te souviens on a rencard avec la presse.
- Oui, mais c’est dans une heure non ?
- Si, si. Seulement ça m’arrangerait si tu venais me chercher, je me suis fait piquer mon vélo cette nuit.
- Merde, tu veux porter plainte ?
- Pour un vélo ? C’est de l’humour de flic ça ou quoi ?
- Ouais t’as raison pour les vélos on fait jamais d’enquête, pas le temps. Bon donne moi ton adresse et je passe te chercher.
Une heure plus tard nous étions dans les studios de France 3 région, accueillis par Hervé et par un homme en costume qu’Hervé nous présenta comme s’appelant Patrick Mendel, journaliste de son état.
- On prend l’escalier, l’ascenseur est en panne. Désolé.
- Pas de soucis, on vous suit.
Patrick devait avoir la trentaine bien entamée. Il était à peu près de ma taille, le mètre quatre-vingt, mais nettement plus frêle, maigre même. Il ressemblait comme autant de gouttes d’eau à tous les journalistes des rédactions régionales de France 3 : brun, cheveux courts, oreilles légèrement décollées, visage sans défauts mais du coup sans personnalité. Il était rasé de près et sentait l’eau de toilette bon marché ce qui, à l’antenne, n’est finalement pas gênant. Dans un ascenseur en revanche c’eût été déplaisant. Les marches de l’escalier n’étaient pas très hautes mais son pantalon étant mal coupé, trop court, je ne pus m’empêcher de remarquer ses chaussettes de tennis blanches avec une bande bleue et une bande rouge. La parfaite faute de goût avec un costume déjà assez moche. Du coup je ne regrettais pas d’être venu en tenue décontractée, pull coton, jean, chaussures de rando, comme tous les jours.
Les studios se trouvaient au deuxième étage. Nous entrâmes dans une pièce d’environs 40 mètres carrés. A gauche se trouvait un grand mur vitré derrière lequel on apercevait la régie. A droite, devant un fond bleu, deux tabourets de bar en aluminium et sky noir encadraient un piédestal pseudo-néo-classique (en gros un genre de colonne grecque en stuc) positionné légèrement en retrait. Sur ce dernier était placé un petit dictaphone semblable à celui avec lequel j’avais recueilli les témoignages de camelots du marché. Là, on nous présenta le réalisateur des séquences interview, un certain Jacques je-ne-sais-plus-comment, un nom à consonance slave que je n’ai pas mémorisé. Il serra la main d’Hervé, puis la mienne et celle de Malika qu’il retint un instant en la dévisageant l’œil brillant. Goujat ! Puis il se tourna vers moi.
- Bon, voici comment nous allons procéder. Vous avez déjà fait de la télé ?
- Non.
- Pas grave. Soyez naturel, contentez vous de regarder Patrick et ne vous occupez pas des caméras. Vous aurez ici une caméra fixe qui vous filmera de face, tous les deux . Une autre caméra mobile vous prendra en gros plan chacun votre tour quand vous parlerez et je m’arrangerai au montage.
- Et le dictaphone là sur le piédestal ?
- ça c’est pour la mise en scène. Pour dramatiser un peu le tout. Sinon le spectateur s’ennuie. Vous voyez au dessus parmi les éclairages, il y a une caméra fixée au plafond avec mise au point sur le dictaphone en contre plongée. On a numérisé les bandes audio que vous nous avez fait parvenir et on diffusera des extraits audio pendant qu’à l’image on aura un gros plan sur l’appareil en alternance avec des images d’archives du marché. Classe non ?
Non pensais-je, pas classe, kitsch. Mais je fermai ma gueule.
L’interview se passa bien. Patrick me demanda de me présenter rapidement, ce que je fis sans entrer dans les détails. Puis il en vint directement au vif du sujet.
- Inspecteur Legarec, je vous ai fait venir car vous avez, semble-t-il, mis le doigt sur une affaire qui pourrait bien s’avérer très embarrassante pour la police locale. Pouvez-vous nous en dire plus ?
- Effectivement, j’ai pu observer, durant mon service, des pratiques de corruption et de racket ainsi qu’un chantage mené par plusieurs policiers sur les marchés.
- D’aucuns pourraient penser qu’il s’agit d’une affaire interne coupa-t-il, que c’est à la police des polices de régler cela. Mais ici, à la rédaction, nous estimons de notre devoir que le citoyen soit informé de telles pratiques d’autant que la hiérarchie semble impliquée.
- oui, en effet …
Il m’interrompit une nouvelle fois.
- Et l’inspecteur Legarec nous en apporte les preuves. Ecoutons le récit de deux vendeurs de fruits et légumes qui préfèrent garder l’anonymat.
On entendit en voix off les voix de Nassir et de Charles exprimant leur peur de se voir retirer leurs papiers et témoignant avoir dû payer des back chiches.
- Tout cela inspecteur vous l’avez dénoncé à votre supérieur ?
- Oui, …
- Et étonnamment vous avez été sanctionné.
- Euhh… C’est un bien grand mot, disons que j’ai été mis à l’écart.
- Et vous avez l’impression que votre dénonciation n’a pas permis d’arrêter les malversations ?
- Ah ça non, tout continue comme avant, c’est sûr.
- Et bien merci Inspecteur, grâce à votre témoignage l’affaire éclate au grand jour et la rédaction s’engage ici solennellement à veiller à ce que le soufflé ne retombe pas.
 
En sortant des studio, Malika se mit à trépigner, passa ses bras à mon cou, me colla une bise et s’exclama, le visage fendu d’un large sourire :
-Bravo, bravo, t’as été super. Franchement tu rends un sacré service à tous les camelots du coin. Merci pour eux.
- Ben de rien.
- Bon on ne va pas se regarder ça chacun dans notre coin hein ? Bastien tu nous invite, on se fait un apéro « JT régional » ?
- euhhhh
- Et ben alors, je t’intimide ? T’as peur que ta femme soit jalouse ?
- Je suis divorcé.
- Oups ! Pardon.
- Pas grave tu sais, ça va j’ai digéré puis j’ai mes loulous
- T’as des enfants ?
- Oui, deux, je te montrerai les photos à la maison.
- Ça veut dire qu’on est invités ?
- C’est ça que ça veut dire.
- Sans moi, merci dit Hervé, moi je ne suis pas divorcé et ma femme m’attend !
- Très bien, alors bonne soirée !
 
On regarda donc l’interview le soir même, dans mon sofa Ikea, en buvant une bière. Je me trouvai minable, incapable de faire une phrase de plus de quatre mots. Mais Malika me trouva parfait. Le téléphone sonna à la fin du journal. C’était Patrick qui nous informait que le sujet intéressait la rédaction nationale et que l’info serait reprise au grand journal le lendemain. Bon certainement pas dans son intégralité ni dans son kitsch interviewesque. Mais deux phrases dans les brèves du JT ça fait toujours on petit effet. D’ailleurs le ministre de l’intérieur, joint au téléphone, a déclaré un truc du genre :
- J’ai demandé à mes services qu’une enquête administrative soit ouverte concernant cette affaire de chantage et de racket aux sans-papiers. Je peux vous promettre que toute la lumière sera faite et que les sanctions appropriées seront prises.
En d’autres termes, le commissaire Lucas allait avoir une promotion à Saint Pierre et Miquelon.
C’était gagné ! Pour fêter ça je courus en cuisine chercher deux bières.
- Superbes tes loulous cria Malika depuis le salon.
Elle s’était levée pour regarder les photographies que j’avais disposées sur un buffet ancien, héritage de ma grand-mère.
Je m’approchai alors d’elle, lui tendis une bouteille et la fixai dans les yeux. Elle soutint mon regard, silencieuse.
- Malika ? J’ai encore besoin de ton aide, mais cette fois ça peut-être dangereux.
- A ton service souffla-t-elle sans ôter son regard du mien
- Tu as déjà tchaté ?
 
 
 
-20-
 
 
 
Vino : Tiens une revenante
Vodka-viandox : Hey ça faisait longtemps. Cool de te revoir !
Valium : salut tout le monde. Moi aussi ça me fait plaisir de vous revoir
Moumoune : t'étais où ?
Valium : hum c'est assez perso. Disons que j'allais pas bien et que j'ai pris du recul.
El-baz : ça fait une disparition inquiétante en moins en tous cas.
Mickey : j'étais pas inquiet moi
Vodka-viandox : ta gueule Mickey
Mickey : t'en as pas marre de me copier coller tes "ta gueule" à chaque fois que je sors une vanne ?
Vodka-viandox : ahh parce que ta connerie c'est de l'humour ?
Valium : Mdr. Rien n'a changé ici !
Moumoune : si, un peu
Karine : oui valium il s'est passé des choses durant ton absence
Valium : ah ? ben racontez
Moumoune : Lilou, minipuce et misskaly ont disparu …
Larzac : et toi aussi t'avais disparu, on s'inquiétait.
Valium : lol c'est gentil de vous en faire mais no panic, je suis pas morte
Mickey : les autres si
Valium : ???
El-baz : ce que Mickey essaie de te dire avec sa délicatesse toute particulière c'est que très vraisemblablement elles sont mortes. On a retrouvé trois corps assassinés et tout laisse croire que c'est d'elles qu'il s'agit.
Vino : Et le point commun entre elles c'est le tchat
Vodka-viandox : donc le meurtrier pourrait bien être un tchateur.
Mickey : ou une tchateuse. Par exemple toi valium.
Valium : 'tain tu délires ou quoi
Mickey : pas vraiment, les meurtres ont été commis pile poil pendant ton absence. C'est louche.
Vodka-viandox : t'y vas un peu fort sur les soupçons là, non ?
Moumoune : C'est une accusation directe, Valium défends toi. T'as un alibi ?
Valium : je suis dégoûtée que vous puissiez penser que j'ai tué quelqu'un.
Karine : il règne comme un climat malsain ici
Larzac : ouais, chacun soupçonne son prochain, ça ne présage rien de bon.
El-baz : C'est un peu normal ces tensions. Valium, si tu veux tu te justifie en privé, comme ça on clarifie les choses et les tensions s'apaisent.
Valium : nan, j'ai rien à cacher en fait.
Mickey : vas-y on t'écoute, t'étais où ? Tu faisais quoi ?
Valium : j'étais au Québec où je réside
Vodka-viandox : ah en effet ça complique l'exécution de meurtres en France ça.
Moumoune : je savais que c'était pas toi.
Mickey : hey oh ! Pas si vite, prendre un avion c'est facile.
Valium : pas quand t'es hospitalisée pour une tentative de suicide et que tu peux pas quitter ton lit.
Moumoune : oh mince ma chérie mais pourquoi ?
Mickey : "ma chérie" ! Attends ça prouve rien ça.
Karine : tu devrais être un peu plus respectueux Mickey.
Valium : nan laissez faire les filles, on va clarifier les choses jusqu'au bout comme ça je serai plus tranquille aussi. J'ai une sclérose en plaque depuis 3 ans et ces derniers temps ça s'aggrave. J'ai fait une dépression dernièrement…
Larzac : d'où ton pseudo
Valium : et j'ai fini par essayer de mettre fin à mes souffrances.
El-baz : je crois que t'as pas besoin d'en dire plus. Ne remplaçons pas un climat pesant par un autre. Désolé de t'avoir fait exposer au grand jour un secret que tu ne tenais pas forcément à dévoiler.
 
Par acquis de conscience, je pris contact avec Valium en privé afin de vérifier son alibi. Elle ne fit aucune difficulté pour me donner son nom et le lieu de son hospitalisation. Facile à vérifier.
 
Moumoune : et Mickey pourrait peut-être faire des excuses
Mickey : puis quoi encore ?
Moumoune : ben si ça se trouve c'est toi le tueur Mickey
Vodka-viandox : tiens oui, tant qu'on est dans les soupçons, allons-y !
El-baz : STOP ! ça mène à rien de se regarder en chien de faïence. Je vous ai dit que je menais l'enquête. Vous me faites confiance ou pas ?
Mickey : ben et si c'était el-baz le tueur? Les meurtres ont commencé peu après sa première connexion
Vodka-viandox : Ta gueule Mickey
Mickey : …
 
* Mali vient de se connecter *
 
Mali : Salut tout le monde
Moumoune : Salut Mali
Vino : Salut Mali
Vodka-viandox : salut Mali, bienvenue chez les fous !
Mali : les fous ? Je croyais être chez les voyageurs
El-baz : on voyage surtout en pensées ces temps-ci tu sais
Moumoune : ça fait du bien de voir de nouvelles têtes ici
Karine : et si tu te présentais à nous Mali ? T'es africain
Mali : Oui, africaine en fait, je suis une femme. Berbère d'origine
Larzac : Algérienne ?
Mali : Tunisienne
Mickey : les femmes berbères sont certainement les plus belles femmes du monde.
Vodka-viandox : Tiens, Mickey qui dit quelque chose de gentil!
Karine : à marquer d'une pierre blanche ça ! lol
Vino : c'est vrai que t'es jolie Mali ?
Karine : voilà, retour à la normale, les coqs reprennent leur place au poulailler !
Mali : On me dit que je suis jolie oui. Mais c'est pas à moi d'en juger.
Misskaly : Bon alors si t'es jolie, interdiction de t'approcher de mon mouflon
Mouflon : allez hop ! On enchaîne avec une scène de Jalousie ! Mdr ma poule :-D
Mali : Oh, Oh j'ai l'impression que tout le monde se connaît ici.
Moumoune : oui, en effet ! Mais ne t'inquiètes pas on sait faire de la place aux nouvelles venues.
Karine : surtout nos hommes !
Mali : Chouette ! Alors, qui me raconte un de ses voyages ?
 
Malika s'est connectée vers quatorze heures. Quand j'ai éteint l'ordinateur avant de quitter le bureau, elle était encore en ligne à se faire décrire par le menu les voyages de Vino au Costa Rica ou en Asie du Sud-est, à souscrire à ceux, imaginaires, de Vodka-viandox, à rire aux blagues de Mickey d'une insoupçonnable mièvrerie pour une fois, ou à acquiescer au discours écolo-philosophique de Larzac. En se présentant comme une jolie berbère, elle avait visiblement eu l'effet d'un sirop sur un essaim d'abeilles. Premier objectif atteint.
par Baz publié dans : Karine et châtiment, Roman
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